Si vous tentez de perdre du poids depuis des années, voire des décennies, sans jamais atteindre de résultats durables, j’ai déjà envie de vous dire que vous n’êtes pas seule (95 % des régimes échouent : ce n’est pas vous le problème). J’aborde dans cet article la clé manquante de toutes les démarches de perte de poids : ce qui change absolument tout quand il s’agit de (re)trouver une relation saine avec votre corps et votre alimentation et qui fait défaut dans toutes les relations troublées à l’alimentation c’est l‘amour de soi. Autrement dit, ce qui entrave une relation régulée à l’alimentation et donc un poids stable et en harmonie avec vous, c’est votre relation à vous-même et la tonalité de votre voix intérieure.
Si la détestation, la culpabilité, la honte fonctionnaient pour perdre du poids, vous seriez déjà mince, n’est-ce-pas ?
Toutes les personnes qui ont un problème avec la nourriture (qu’il s’agisse de ne pas savoir s’arrêter de manger, grignoter à longueur de journée, ne pas savoir dire non au sucre… ou d’un véritable T.C.A.) ne s’aiment pas (suffisamment), n’aiment pas leur corps et elles (le plus souvent des femmes, mais les hommes sont évidemment eux-aussi concernés) lient la valeur qu’elles se portent en tant que personne à leur poids sur la balance, leur reflet dans le miroir ET leur manière de manger.
Si vous pensiez que la clé résidait dans un meilleur plan alimentaire à 1200 calories, la suppression des féculents et/ou du sucre, un apport accru en protéines, je suis désolée de vous décevoir. Mais en même temps, vous concentrer sur la nourriture, vous avez déjà essayé, non ? Et vous savez ce que ça a donné : le succès était peut-être au rendez-vous les premiers temps (c’est la lune de miel des régimes) et ensuite, un premier écart, puis 2, puis 3 et votre jugement sévère a fini par achever votre motivation et vous faire dire « de toutes façons, je n’y arriverai jamais, donc au point où j’en suis, autant finir le paquet de gâteau ». Qui parle à ce moment-là ? La petite voix qui vous dénigre, qui vous considère non conforme, indigne et incapable de bien se nourrir. La voix de la haine de soi, celle qu’on cherche à faire taire et remplacer doucement par une voix compatissante et bienveillante.
Les régimes ne fonctionnent pas (à 95%), et ce n’est pas tant la restriction que l’on s’impose qui pose problème, mais l’intention qui l’anime. Toutes les petites filles qui ont fait leur premier régime à 12 ans – ou même avant – ont fini au pire avec un véritable TCA, et au mieux avec des troubles non spécifiés mais pour autant très douloureux : manger sans savoir s’arrêter, être obsédée par la nourriture, alterner les phases de contrôle/perte de contrôle, manger en cachette, ne plus savoir quoi manger tellement les injonctions se contredisent et bien sûr un poids qui augmente d’année en année.
Pourtant, vos amis vegan ne craquent pas pour des orgies de viande ? Vos amis musulmans ne rompent pas le jeûne du ramadan parce qu’ils aiment trop manger, et vos amis intolérants au lactose savent choisir des aliments qui leur conviennent sans développer de compulsion. Et vous avez sûrement des gens dans votre entourage qui aiment manger « sain » et savent s’arrêter quand ils n’ont plus faim. La compulsion est provoquée par la restriction (plus je me prive de cet aliment, plus j’en ai envie) dès lors que c’est une énergie de haine de soi qui la motive.
Se priver d’un aliment ou d’une catégorie d’aliments par amour, pour des raisons spirituelles ou encore en écho à des valeurs profondes, c’est possible. Il y a d’ailleurs certaines femmes qui ont expérimenté (ce cas n’est absolument pas une généralité, mais cela arrive) le fait de voir leurs TCA s’estomper pendant la phase de grossesse : un moment de leur vie durant lequel elles se nourrissent pour nourrir leur bébé et faire ce switch permet de mettre un pause les pensées restrictives mais aussi les tendances à compulser.
Le manque d’amour pour soi créé le trouble et l’entretient de manière sournoise.
Je vous vois vous dire : « Mais si je m’aime et m’accepte telle que je suis, je ne vais pas vouloir changer ? ». Et bien c’est tout l’inverse :
- Vous aimez vos enfants de tout votre coeur ET parce que vous les aimez, vous allez les accompagner dans leurs apprentissages, vous allez les aider à évoluer, faire mieux.
- Vous aimez votre conjoint-e ET parce que vous l’aimez, vous allez le soutenir dans son évolution professionnelle.
- Vous aimez votre parent, ET parce que vous l’aimez, vous allez l’aider et l’encourager à prendre soin de lui.
- Vous aimez votre meilleure amie, ET parce que vous l’aimez, vous allez l’aider dans sa séparation d’avec son ex toxique.
- Vous vous aimez de manière inconditionnelle, et parce que vous vous aimez, vous allez apprendre à vous nourrir en respectant vos besoins et vos limites et d’une manière qui vous permette de prendre soin de votre corps.
On veut toujours le mieux pour les gens qu’on aime vraiment (de manière inconditionnelle, peu importe ce à quoi ils ressemblent, peu importe leur poids). Si on en a rien à faire et qu’on ne les considère pas comme digne de notre amour et de notre attention, comme incapables, nuls… on les laisse se débrouiller, on ne perd pas du temps à les soutenir. Par contre, au moindre de leur faux-pas, on ne manquera pas de souligner qu’on savait bien qu’ils étaient incapables et nuls. C’est ce qu’il se passe à chaque fois que vous mangez d’une façon que vous avez classée dans la catégorie « non conforme », y compris quand cela vous arrive tous les jours et plusieurs fois par jour.
C’est le carburant inverse de celui-ci que l’on va chercher à cultiver pour perdre du poids pour la dernière fois et soigner sa relation avec l’alimentation.
La compassion s’oppose à la complaisance
Ce sont 2 émotions totalement différentes. La complaisance cherche à vous plaire et à vous accorder un plaisir immédiat : « oh, avec la journée que tu as passé, tu as bien mérité un petit dessert ».
La compassion souffre avec vous, mais elle garde en tête vos objectifs long terme et ce qui compte au fond de vous :
- Oui, c’est difficile de s’arrêter de manger, mais j’ai vraiment envie de me coucher avec une digestion légère ce soir.
- Oui, l’envie de manger ce carrot-cake est forte mais je vais me soutenir dans l’accueil de ma frustration parce que j’ai vraiment envie de profiter du repas dans le restaurant dans lequel je vais ce soir.
- Oui, c’est difficile de ressentir du regret d’avoir mangé ce truc alors que j’aurais voulu faire autrement, mais je ne vais pas me juger pour ça et en tirer des conclusions définitives sur ce que je vaux ou ce dont je suis capable.
Comme vous le feriez avec un enfant en mode éducation bienveillante : « Je comprends que ce soit difficile de s’arrêter de manger les bonbons, mais tu en as déjà beaucoup mangé et maman ne voudrait pas que tu aies mal au ventre ensuite, viens me faire un câlin, je vais t’aider à passer ce moment difficile, pour moi aussi, c’est difficile parfois de m’arrêter de manger ce genre de choses ».
La compassion est donc notre meilleure alliée pour ne pas basculer dans les schémas d’auto-sabotage
La honte, le foutu-pour-foutu, le « au point où j’en suis, autant tout foutre en l’air » font leur nid dans des pensées et des émotions de jugement et de haine. C’est ce qui fait qu’une mangeuse régulée va parfois « manger trop » et regretter parce qu’elle se sent lourde :
- Elle va déjà remarquer son état physiologique (alors qu’une mangeuse dérégulée portera surtout son attention sur l’anticipation anxieuse de la prise de poids).
- Elle ne va en tirer aucune conclusion sur sa valeur, peut-être y aura t’il du regret ou simplement une hâte que la digestion fasse son job pour se sentir plus légère VS « j’ai encore m*****, je suis nulle, toujours pareil avec moi »
- Elle va porter son attention sur ce qui est important pour elle (ses projets, sa vie) et manger en fonction de son niveau de faim et donc se réguler sur les jours qui suivent VS penser compensation, privation ou au contraire auto-sabotage et autant finir la semaine en mode hors de contrôle, on verra lundi.
Alors, comment apprend-t’on à s’aimer mieux ?
Premièrement, je vous invite à prendre votre carnet et votre crayon, noter ces questions et y répondre pour vous :
- Comment puis-je m’aimer – un peu – mieux aujourd’hui ?
- Comment puis-je développer plus de gentillesse à mon égard, en particulier quand il s’agit de mon poids, mon corps et ma relation à la nourriture ?
Posez-vous ces questions tous les jours, comme si votre vie en dépendait (c’est la traduction du titre du livre Love Yourself Like Your Life Depends on It de Kamal Ravitkant). Et revenez me dire ce que cela a changé pour vous dans quelques jours.
Deuxièmement, je ne vais pas vous laisser là-dessus, ce sujet me passionne beaucoup trop : je répondrai précisément à cette question (comment s’aimer mieux ?) dans mon prochain article et sans vouloir vous spoiler, l’engagement, la pratique et la patience font partie du voyage vers davantage de compassion pour soi.
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